Par Jean jr. Landry

Le 16 août dernier, un article de Radio-Canada intitulé « L’école à la maison, une pratique mal encadrée » abordait le phénomène de l’éducation prodiguée en dehors des réseaux d’enseignement reconnus. Si cet article a le mérite de contribuer à un débat qui nécessite plus que jamais d’être abordé sur la place publique, il y a toutefois lieu d’apporter quelques nuances importantes. Comme c’est souvent le cas, l’article en question passe allègrement du sujet de l’école-maison à celui des écoles clandestines comme s’il s’agissait d’un seul et même dossier. Or, il est crucial de comprendre que c’est loin d’être le cas.

Les écoles clandestines soulèvent des inquiétudes puisqu’elles tendent à ignorer les exigences de la Loi sur l’instruction publique afin de mettre de l’avant leur propre programme d’enseignement. Pour des motifs souvent religieux, elles négligent ou omettent certaines matières de bases et compromettent ainsi la qualité de l’éducation des enfants. Ce phénomène, quoique marginal, est préoccupant et nécessite l’attention des intervenants sociaux afin que les enfants qui fréquentent de tels établissement ne se trouvent pas handicapés académiquement à la fin de leur parcours scolaire.

L’école-maison, en revanche, est une pratique permise par la loi qui gagne en popularité au Québec. Contrairement aux écoles clandestines, l’école-maison typique ne cherche pas à se soustraire aux exigences de la loi. La grande majorité des parents qui font le choix d’éduquer leurs propres enfants le font parce qu’ils veulent offrir une éducation privée de qualité supérieure. Et si certains font ce choix pour des motifs religieux, ce n’est toutefois pas au détriment des exigences gouvernementales. Les parents qui font l’école-maison sont encadrés par des associations bien établies, connaissent leurs droits et responsabilités légales et éduquent leurs enfants en gardant à l’esprit les objectifs du Ministère. Toutefois, ils le font en ayant la liberté d’adapter leur enseignement aux besoins de leurs enfants, de leur transmettre leurs valeurs et de tisser avec eux des liens solides, des objectifs que l’école publique rendent parfois difficiles ou même impossibles à atteindre.

Contrairement à certaines idées reçues, l’école-maison n’est donc pas un mouvement destiné à créer une sous-culture. Les parents éducateurs ne sont pas des hippies déconnectés de la société ou des fanatiques sectaires voués à endoctriner leurs enfants ou à les isoler du monde réel. Certes, il y a toujours des cas d’exception et c’est le rôle des commissions scolaires d’exercer une saine vigilance à cet égard. Mais de façon générale, la famille typique d’école-maison est une famille ouverte sur le monde, cultivée, pleinement intégrée, et consacrée à produire de futurs citoyens qui se distingueront par leur bagage humain et académique. C’est pourquoi il est primordial de distinguer ce mouvement des écoles clandestines afin de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Une question légitime peut toutefois se poser. L’article de Radio-Canada mentionne en effet que plusieurs parents omettent volontairement d’informer le gouvernement qu’ils font l’école-maison. Or, si ces parents sont réellement soucieux de se conformer aux lois, pourquoi tentent-ils de passer ainsi sous le radar?

C’est ici que nous abordons un problème épineux. Si la Loi sur l’instruction publique est large et offre beaucoup de latitude aux parents, les écoles et commissions scolaires n’interprètent pas toutes cette loi de la même façon et les politiques internes varient donc énormément d’une région à l’autre. Si certaines commissions scolaires appuient et encadrent l’école-maison en accord avec l’esprit de la loi – ce qui est tout à fait louable, d’autres manifestent de sérieuses réticences, si ce n’est une franche hostilité face aux parents qui font ce choix. Il n’est pas rare qu’un parent qui exprime son droit légal d’éduquer ses enfants soit confronté à de l’intimidation de la part des autorités. L’ombre d’une dénonciation à la DPJ revient régulièrement et même les familles qui n’ont rien à se reprocher doivent parfois composer avec le stress d’une intervention des services sociaux. Et malheureusement, certaines de ces interventions mènent à des ratés, si bien que des parents bien intentionnés peuvent soudainement se trouver dans des situations déplorables. Dans d’autres cas, les commissions scolaires tolèrent l’éducation à la maison mais posent des exigences déraisonnables et exercent un contrôle qui offre très peu de liberté aux parents.

À la lumière de cette réalité, il est facile de comprendre pourquoi plusieurs parents font le choix de ne pas déclarer leurs intentions aux autorités. Dans la petite communauté des parents-éducateurs, les nouvelles circulent rapidement et les gens sont conscients des risques qui les guettent. Leur silence n’est donc pas motivé par un mépris de la loi mais par une légitime crainte des politiques internes parfois trop rigides ou abusives de certaines commissions scolaires. Lorsqu’un parent fait le choix d’éduquer ses propres enfants, il consent à un important sacrifice. Mais il ne veut pas faire ce sacrifice pour reproduire en bout de ligne ce qui se fait à l’école ou pour voir ses droits et libertés remis en question. Il le fait pour offrir un enseignement personnalisé qui répondra aux besoins uniques de son enfant.

Vers une meilleure législation

Nos lois devraient être avant-gardistes, encourager et valoriser l’unicité de chaque individu et de chaque famille. Une législation qui confond une saine conformité avec un conformisme aveugle serait un échec social puisqu’elle tuerait l’esprit d’initiative et réprimerait la diversité. Historiquement, le Québec a toujours été mû par des valeurs démocratiques et non communistes. Le droit individuel doit donc toujours demeurer en avant-plan dans notre réflexion commune.

En résumé, il y a encore beaucoup à discuter et à débattre à ce sujet. Mais une des premières étapes à franchir dans ce débat sera de distinguer une fois pour toutes la différence entre les écoles clandestines qui tentent d’échapper aux lois et les parents consciencieux qui y adhèrent. Et comme en témoigne l’article de Radio-Canada cité plus haut, cette distinction n’est pas encore clairement établie. La communauté de l’école-maison a donc encore beaucoup de travail de sensibilisation à faire pour que ses intentions soient bien comprises et que son travail dévoué soit pleinement reconnu et valorisé par notre société.