Par Jean jr. Landry, avec la contribution de Peter Stock, Megen Zelinka et Manon Fortin

C’est maintenant officiel. Les 45 jours dont nous disposions pour soumettre nos observations et recommandations finales relatives au Règlement sur l’enseignement à la maison sont écoulés. Une autre grande étape vient donc d’être complétée et la balle est maintenant dans le camp du gouvernement, qui prendra en considération tous les commentaires reçus et rédigera la version finale du texte. D’ici le 1er juin, la communauté de l’école-maison aura donc entre les mains la réglementation officielle qui déterminera le fonctionnement de l’éducation à domicile pour de nombreuses années à venir.

Le moment est opportun pour faire un bilan du travail réalisé jusqu’à maintenant et pour comprendre dans quelle direction nous allons. La loi 144 a en effet mobilisé beaucoup d’acteurs du milieu de l’éducation et la HSLDA s’est activement impliquée au nom de ses membres. Nous vous présentons donc à compter d’aujourd’hui une série de trois articles ayant pour objectif de résumer de ce qui a été accompli, autant sur la scène publique que dans les coulisses, afin que les droits et libertés des parents éducateurs soient protégés et mis en valeur.

Aujourd’hui, nous ferons une brève rétrospective des événements de 2016, alors que le ministre de l’Éducation annonçait son intention de mieux encadrer l’école-maison au Québec. Demain, nous nous attardons au processus législatif ayant mené à l’adoption de la Loi 144 ainsi qu’à la constitution de la Table de concertation nationale en matière d’école-maison. Puis nous conclurons la semaine en discutant du Règlement sur l’enseignement à la maison, des divers enjeux politiques qui ont été impliqués dans son élaboration et de la déception qu’il a causé chez beaucoup de parents éducateur. En conclusion du même article, nous résumerons ce qui nous attend cette automne et de quelle façon nous serons là pour vous accompagner dans cette période de transition.

Des vents défavorables

Il convient d’abord de rappeler que si l’école-maison est un mouvement en expansion constante, il demeure néanmoins très marginal, plus particulièrement au Québec. Selon les chiffres officiels fournis par le ministère de l’Éducation, 0,1% des enfants du Québec seraient éduqués à la maison. Même si l’on ajoute à ce nombre les familles qui ne se sont pas déclarées aux autorités scolaires, la proportion des parents qui optent pour ce choix éducatif demeure extrêmement modeste. Lorsque le ministre de l’éducation a informé le public qu’il comptait amender la Loi sur l’instruction publique et prévoir de nouvelles dispositions par rapport à l’école-maison, les enjeux étaient donc majeurs et les risques très importants pour notre communauté. Non seulement les parents éducateurs étaient en désavantage numérique mais de façon générale, leur réputation était entachée par de nombreux préjugés et par le phénomène grandement médiatisé des écoles illégales, auxquelles l’école-maison était malheureusement trop souvent associée dans l’opinion publique.

Pour le ministre de l’éducation, c’était une occasion en or de se faire du capital politique. Il pouvait créer une loi bulldozer qui allait faire fi de nos revendications et s’attirer les louanges des commissions scolaires et d’une grande partie du public, tout en apaisant les protestations des partis de l’opposition, qui semblaient et semblent toujours voir l’école-maison comme une épine dans le pied et non comme la bénédiction inestimable qu’elle est réellement. L’intention du gouvernement de modifier la législation a donc été reçue avec beaucoup d’appréhension par les parents éducateurs… et à raison! Nos droits et libertés étaient en péril et les vents ne nous semblaient pas du tout favorables.

Une agréable surprise

En dépit des craintes soulevées par le projet de réforme du gouvernement, un premier événement a laissé entrevoir une lueur d’espoir: le ministre Sébastien Proulx a invité la HSLDA ainsi que d’autres associations et groupements de parents à le rencontrer personnellement afin qu’il puisse mieux comprendre l’école-maison. Dès cette première rencontre survenue le 13 septembre 2016, le ministre s’est montré favorable à l’école-maison et a démontré qu’il savait faire la distinction entre cette forme légitime d’éducation et les écoles clandestines qui faisaient les manchettes. De plus, M. Proulx était conscient des tensions qui existaient entre les parents éducateurs et les commissions scolaires et il voulait y remédier.  

La HSLDA a profité de cet entretien privé pour insister sur ce qui allait être notre cheval de bataille tout au long du processus législatif à venir: le caractère distinct de l’école-maison. La nouvelle loi ne devait pas permettre tout bonnement que les parents reproduisent à la maison ce qui se fait dans les écoles. Elle devait reconnaître la liberté des parents de choisir leur propre parcours d’apprentissage, une condition essentielle puisqu’elle constitue l’essence-même de l’éducation à domicile. Dans le même esprit, elle devait également permettre aux parents de choisir leur propre méthode d’évaluation des progrès de l’enfant.

À la conclusion de cet entretien, le ministre a invité la HSLDA à lui soumettre par écrit ses recommandations en matière d’éducation à domicile.

C’est au cours du même automne que le ministre a lancé sa vaste consultation publique visant à réformer le système d’éducation. En novembre, la HSLDA a déposé ses premières recommandations écrites au ministre relativement à l’éducation à domicile. Ce premier document, en plus de brosser un portrait global du mouvement de l’école-maison au Canada et à travers le monde, soulevait les problèmes rencontrés par les parents éducateurs du Québec face aux commissions scolaires et apportait des recommandations afin que les parents puissent jouir pleinement des droits et libertés que leur conférait la Loi sur l’instruction publique, telle qu’elle était rédigée alors.

Demain, nous poursuivrons cette série en revenant sur l’annonce faite en 2017 par le ministre de l’éducation, qui révélait alors son intention de modifier la Loi sur l’instruction publique. Nous verrons quelle a été la stratégie de la HSLDA face à cette annonce et de quelle façon elle s’est ensuite impliquée activement à la Table de concertation nationale.

Share this post --- Partagez cette publication