Par Jean jr. Landry

Nous savons tous que la question de la socialisation est celle qui survient immanquablement lorsque nous nous faisons les ambassadeurs de l’école-maison auprès des gens que nous rencontrons. Ça en devient parfois cocasse : Lorsque nous disons « école-maison », c’est comme si nous prononcions une formule magique qui transforme instantanément notre interlocuteur en sociologue et le pousse aussitôt à se préoccuper du développement social de notre enfant. Pourtant, cette préoccupation ne lui aurait probablement jamais traversé l’esprit si nous avions dit que notre enfant fréquentait l’école publique. Imaginez l’incongruité d’une conversation qui se déroulerait comme suit :

– Et alors, votre petit Matthieu a-t-il l’âge d’aller à l’école?
– Tout-à-fait! Il a justement débuté sa première année en septembre à l’école du quartier!
– Oh (Avec un air inquiet) … et qu’en est-il de sa socialisation?

Nous n’assisterons probablement jamais à un tel échange puisque la plupart des gens assument que la socialisation passe par la multiplication des contacts sociaux. Pour eux, l’école publique ne peut donc être que le parfait environnement pour socialiser. Et à l’inverse, l’école-maison ne peut que représenter un obstacle. Toutefois, une telle logique est erronée.

Pour bien comprendre, il convient d’abord de s’entendre sur ce qu’est la socialisation. Wikipedia nous offre la définition suivante :

Processus au cours duquel un individu apprend à vivre en société, durant lequel il intériorise les normes et les valeurs, et par lequel il construit son identité psychologique et sociale.

Cette définition est un excellent point de départ pour pouvoir apprécier l’efficacité de l’école-maison en tant qu’environnement propice à la socialisation.

Apprendre à vivre en société

Pour assurer cette première facette de la socialisation, il ne fait aucun doute que le parent est la personne la plus significative mais aussi la plus compétente en la matière. Apprendre à vivre en société, c’est d’abord réaliser la valeur d’un être humain et comprendre le respect qui lui est dû. C’est connaître les règles de base du civisme, de la courtoisie, des rapports harmonieux avec son prochain. C’est apprendre à écouter et à s’exprimer convenablement. C’est apprendre à se décentrer de soi-même pour être attentif au besoin de l’autre. C’est aussi apprendre à connaître ses propres limites et à les faire respecter. Si quelqu’un a la responsabilité de transmettre ces notions fondamentales, c’est bien papa et maman. L’école-maison est donc le contexte tout indiqué. Passer beaucoup de temps avec notre enfant permet de mieux le connaître, de noter ses forces et ses lacunes en matière de socialisation, d’ajuster la trajectoire en temps réel et d’éviter ainsi bien des écueils. Parce que l’enfant passe la majeure partie de son temps sous le toit familial, il n’échappe pas à la vigilance aimante de ses parents. Le processus de socialisation n’est donc pas laissé au hasard mais est encadré à mesure que l’enfant développe des liens avec ses parents, ses frères et soeurs, sa famille élargie et son voisinage.

Cela ne signifie pas que le parent qui envoie son enfant à l’école est dépouillé de toute influence sur son enfant. Mais c’est une règle universelle et reconnue de tous que la maîtrise d’un art passe par la quantité de temps et d’énergie qu’on lui consacre. Si vous veillez à la saine socialisation de votre enfant sept jours par semaine, l’impact sera naturellement plus grand que si vous n’êtes présent dans sa vie au mieux que les matins, les soirs et les week-ends.

La construction de l’identité et l’intériorisation des normes et valeurs

Ces deux autres aspects de la socialisation sont d’une importance capitale et tout parent qui désire transmettre un héritage spirituel, moral et/ou éthique à son enfant doit nécessairement y prêter une attention particulière. Nous y reviendrons par contre un plus loin dans cette série car il s’agit d’un sujet à part entière, qui va bien au-delà de la socialisation.

Pour l’instant, contentons-nous de poser deux questions pour amorcer une réflexion :

  • En tant que parent, ai-je l’impression que la société actuelle favorise le développement d’une identité forte et solide? Ou ai-je plutôt le sentiment que la société a perdu ses repères quant à la définition de ce qu’est un être humain ou quant au rôle de l’homme et de la femme? À la lumière de ma réponse, l’école (en tant que produit et reflet de cette société) est-elle le meilleur endroit pour mon enfant afin de construire son identité?
  • En tant que parent, suis-je au diapason avec les valeurs véhiculées par la société, la politique, la culture, les arts, les médias? Ou ai-je plutôt, dans une certaine mesure, un sentiment d’aliénation face à cette société… un sentiment de voir et comprendre des choses essentielles qui semblent pourtant échapper à la majorité? À la lumière de ma réponse, l’école (en tant que produit et reflet de cette société) est-elle le meilleur endroit pour mon enfant afin d’intérioriser des normes et valeurs?

Dans le prochain article, nous répondrons aux possibles objections à ce qui précède. Restez donc à l’écoute!