Par Jean jr. Landry

Dans l’article précédent, nous avons établi que l’école-maison constitue le parfait environnement pour le développement des aptitudes sociales de l’enfant. Un tel énoncé peut toutefois soulever certaines réserves :

Objection 1 : Si le parent est un acteur de première importance dans le processus de socialisation de l’enfant, l’école n’est-elle pas cependant la meilleure occasion pour ce dernier de mettre en pratique ses aptitudes sociales?

Ce pourrait être le cas si la vie sociale de l’enfant à l’école était adéquatement encadrée. Mais dans la réalité, l’enfant est plutôt laissé à lui-même. Les professeurs et le personnel de l’école peuvent encadrer ce qui se déroule en classe mais le temps passé dans les corridors ou dans la cour d’école – là où l’enfant interagit le plus avec ses camarades – échappe en grande partie à leur vigilance. C’est pourquoi l’école ne contribue pas toujours à la socialisation mais entraîne plutôt deux phénomènes :

  • Le conformisme : Nous avons vu que l’un des aspects de la socialisation est l’intériorisation des normes et valeurs de la société. Cet aspect est en partie positif et nécessaire puisque chacun de nous doit apprendre les règles tacites du monde où il vit afin de bien fonctionner en société. Mais à l’école, cette dimension est très souvent poussée trop loin. L’enfant n’apprends pas seulement les normes sociales mais il apprend à mettre de côté sa propre personnalité afin de gagner l’acceptation des autres. D’un point de vue extérieur, nous pouvons alors avoir le sentiment que l’enfant socialise réellement car il a adopté des mécanismes de survie afin de s’intégrer au groupe. Mais fondamentalement, sa socialisation est un échec car l’enfant n’a pas appris à exprimer sa véritable personnalité et ses réelles valeurs auprès de ses semblables. Il est simplement entré dans le moule, s’est fondu à la masse, a capitulé devant la majorité afin d’être accepté.
  • Le rejet : Les actualités nous rapportent malheureusement trop d’histoires d’intimidation qui poussent certains jeunes jusqu’au suicide. Et ces manchettes ne représentent que la pointe de l’iceberg. Des milliers et des milliers d’enfants souffrent en silence parce qu’ils n’arrivent pas à s’intégrer socialement ou parce qu’ils sont victime de persécution. Ce simple fait, qu’aucun ne peut nier, devrait suffire à remettre en question cette idée de l’école en tant qu’environnement optimal de socialisation. Pour beaucoup de jeunes, l’école est plutôt un environnement optimal d’ostracisation.

Évidemment, l’école publique PEUT favoriser la socialisation de l’enfant et certains s’en sortent très bien dans ce milieu. Mais compte tenu de ce qui précède, on ne peut comparer avantageusement l’école publique à l’école-maison et supposer qu’elle favorise nécessairement la socialisation.

Objection 2 : Il est vrai que l’école peut être un milieu de vie difficile pour certains jeunes. Mais l’enfant ne doit-il pas être préparé dès son jeune âge à la vie adulte? N’aura-t-il pas à composer de toute façon avec des difficultés relationnelles plus tard?

Il ne fait aucun doute que l’enfant doit être préparé à sa vie relationnelle adulte. Toutefois, il est important de comprendre de quelle façon cette préparation doit se faire. Sous la supervision de ses parents, l’enfant peut acquérir des OUTILS pour bien socialiser. S’il va à l’école et est laissé à lui-même, il sera plutôt sujet à développer des MÉCANISMES de survie pour bien socialiser, ce qui est très différent. Dans le premier cas, l’enfant reçoit de ses parents des conseils avisés pour avoir des rapports sains avec les autres. Dans le deuxième cas, il se crée lui-même – avec sa compréhension immature et limitée du monde qui l’entoure – des moyens souvent malsains qui hypothéqueront en réalité ses rapports sociaux futurs.

Aussi, il faut se rappeler que l’enfant qui est éduqué à la maison n’est pas pour autant isolé. À moins que ses parents ne soient des sadiques qui le gardent enfermé à double tour dans le placard de sa chambre, l’enfant scolarisé à la maison a une vie sociale tout à fait normale. Il socialise avec ses propres parents, avec ses frères et sœurs, avec sa famille élargie et avec le voisinage. Il a donc amplement l’occasion de mettre en pratique ses aptitudes sociales sur le terrain.

Objection 3 : La supervision presque omniprésente des parents est peut-être un atout, mais ne crée-t-elle pas en même temps une dynamique malsaine et surprotectrice? L’enfant ne doit-il pas apprendre à être autonome?

Ici, la réponse dépendra de notre conception du rôle de parent.

Que diriez-vous d’un parent qui confie à son jeune enfant la responsabilité de se nourrir lui-même? Il lui confierait une partie du budget d’épicerie et lui dirait : « Allez, va t’acheter ce dont tu as besoin au marché car tu dois apprendre l’autonomie. » Ou, mieux encore, il lui dirait : « Va te trouver du travail en ville afin de gagner ta pitance. » On dirait d’un tel parent qu’il est irresponsable, que c’est son rôle de nourrir son enfant jusqu’à ce qu’il soit adulte.

Pourtant, nous assistons à un renversement de cette logique lorsqu’il est question de la vie intérieure et sociale de l’enfant. Lorsque l’enfant atteint l’âge scolaire, on s’attend du parent à ce qu’il commence déjà à couper les ponts et à donner à l’enfant son autonomie en prévision de l’âge adulte. Autrement dit, on admet que l’enfant ne peut veiller à sa propre survie physique, mais on assume qu’il est parfaitement capable de composer avec la réalité – pourtant beaucoup plus complexe à bien des égards – de sa survie intérieure et relationnelle.

À la lumière des difficultés que rencontrent bien des jeunes à l’école – allant de l’anxiété à la détresse psychologique – cette vision de la réalité devrait être sérieusement remise en question.  Le parent n’est pas que le pourvoyeur de l’enfant. En lui donnant la vie, il s’est fait garant de son développement intégral jusqu’à ce qu’il vole de ses propres ailes. Et puisque les difficultés relationnelles sont celles qui conduisent le plus d’adultes dans le bureau des psys, il est impératif que le parent s’implique activement dans le sain développement social de son enfant, et ce jusqu’à l’âge adulte. L’école-maison est donc tout indiquée car elle donne au parent le contexte et le temps nécessaire pour tirer profit de ses propres erreurs et transmettre ainsi à son enfant le fruit de son expérience et lui donner des fondements solides pour plus tard.