Par Jean jr. Landry

Apprendre une matière, quelle qu’elle soit, est rarement un processus entièrement uniforme et prévisible. Nous pouvons certes nous fixer des objectifs et espérer avoir complété un sujet dans un temps donné, mais nous savons qu’il arrive fréquemment de rencontrer des nœuds. L’apprentissage du français, par exemple, peut se faire sans heurts pendant un long moment puis soudainement s’enliser dans les participes passés ou dans le bon usage de la ponctuation. Les mathématiques peuvent s’assimiler avec aisance puis se buter aux mystères de l’algèbre ou de la trigonométrie.

À l’école, enseigner une matière à un groupe d’élèves pose donc un sérieux défi. Une classe n’est pas formée d’une masse uniforme d’élèves qui apprennent au même rythme et se butent aux mêmes difficultés. Il s’agit plutôt d’un amalgame humain complexe où chaque élève se pose des questions différentes. Et pour un professeur qui a une matière donnée à couvrir et des échéanciers à respecter afin d’atteindre les objectifs du Ministère, s’attarder aux difficultés que rencontre individuellement chaque élève est une mission titanesque, voire impossible.

L’école-maison se présente donc naturellement comme une solution à ce problème. Le parent éducateur connaît mieux que quiconque son enfant et peut s’adapter à son rythme. Si un obstacle surgit, le parent le détecte rapidement et peut accompagner son élève pour le surmonter. Si les difficultés persistent, le parent n’est pas limité à un seul curriculum mais peut faire appel à tout l’arsenal éducatif qui est aujourd’hui disponible sur le marché. En résumé, le parent peut consacrer autant de temps et de ressources que nécessaire pour que la matière soit bien assimilée. Sans perdre de vue la ligne d’arrivée, il peut appuyer sur les freins à chaque fois qu’il le juge nécessaire ou même se stationner pendant un long moment pour s’assurer que l’enfant comprend bien ce qui lui est enseigné. Car apprendre n’est pas une course mais un art.

Objection 1: L’enfant qui fréquente l’école n’est pas sans ressources s’il rencontre des difficultés. Il peut lever la main et poser des questions, il peut aller voir son professeur ou même obtenir de l’aide pédagogique en-dehors des classes.

Nul doute que l’enfant dispose de beaucoup de ressources à l’école. Toutefois, beaucoup d’enfants n’iront pas chercher spontanément cette aide. Le simple fait de lever la main pendant les classes peut parfois être intimidant, surtout si l’enfant a l’impression qu’il est le seul à ne pas comprendre. Et s’il ose le faire et qu’il ne comprend toujours pas malgré les explications additionnelles que le professeur lui offre, admettre ses difficultés devient encore plus éprouvant. Car s’il existe une pression sociale chez les jeunes pour ne pas paraître trop « bolé », il ne faut pas non plus avoir l’air d’un cancre. Et poser plus d’une question ou échanger avec le professeur pendant 15 minutes pour éclaircir un problème pendant que tout le monde attend est presque impensable. Car que diront alors les autres élèves à la fin des cours?

Les bons professeurs peuvent souvent deviner qu’un élève éprouve des difficultés. En parcourant la classe du regard, ils peuvent détecter celui qui hoche la tête machinalement mais qui affiche en même temps un air peu rassurant qui trahit son manque de compréhension de la matière. Mais même ces professeurs expérimentés sont limités dans le temps et devront tôt ou tard passer au sujet suivant pour ne pas retarder le groupe entier. Dans le meilleur des cas, l’élève en difficulté pourra être référé à un soutien pédagogique pour combler ses lacunes. Mais dans bien d’autres cas, l’élève passera à travers les mailles du filet et ses difficultés peuvent alors devenir catastrophiques. De grands pans d’une matière donnée peuvent lui échapper. Des fondements essentiels peuvent se dérober sous ses pieds. Et tout le reste de l’année ou même des années subséquentes peut se trouver ainsi hypothéqué. L’apprentissage n’est plus alors un plaisir mais un chemin de croix pénible. Et le décrochage scolaire devient une issue des plus attrayantes.

Objection 2 : S’attarder trop longtemps sur un sujet donné ne risque-t-il pas de compromettre la capacité de l’élève à rencontrer les normes ministérielles dans les délais prévus?

Absolument, et c’est pour cette raison que chaque gouvernement a le devoir d’adapter sa législation à la réalité de l’école-maison. Si tout le monde insiste pour que tous les élèves atteignent un objectif X du programme à une date Y, l’apprentissage devient asservi au programme scolaire et se détériore en conséquence. Désormais, l’objectif n’est plus l’assimilation efficace de la connaissance mais le respect d’un programme, que l’élève maîtrise ou non la matière. Apprendre n’est plus alors une aventure pleinement appréciée mais un trajet de train à haute vitesse où l’enfant ne peut que grapiller en chemin ce qu’il est capable de saisir pendant le temps limité qui lui est accordé.

Cette objection soulève donc une question de société beaucoup plus profonde: Désirons-nous simplement accrocher un diplôme au mur de l’élève, quelle que soit la valeur réelle de ce diplôme, ou désirons-nous que l’enfant comprenne pleinement ce qu’il apprend, quel que soit le temps qui doive être consacré pour y arriver? Pour la plupart des parents éducateurs, poser la question, c’est y répondre.

Pour une nation, imprimer des diplômes sans se questionner sur ce qu’ils représentent réellement entraîne le même genre d’absurdités que d’imprimer compulsivement des billets de banque sans prendre en considération le Produit Intérieur Brut. En agissant ainsi, on peut peut-être sauver les apparences et donner une impression de richesse. Mais dans la réalité, la vraie richesse s’étiole au profit des symboles, des idées et de la spéculation.

En tant que parents, nous ne voulons pas nous contenter d’un diplôme obtenu à la hâte. Nous voulons offrir à la société des jeunes vraiment instruits qui contribueront à la richesse intellectuelle du pays. Et pour ce faire, il faut prendre tout le temps qu’il faut. Et c’est ce que l’école-maison permet plus que toute autre voie éducative.