Par Jean jr. Landry

Si la socialisation des enfants est la première question qui traverse l’esprit des gens face au phénomène de l’école-maison, la compétence des parents est sans doute la question qui suit immédiatement après. Lorsque nous disons à quelqu’un que nous enseignons à la maison, il n’est pas rare que notre interlocuteur nous dise quelque chose qui ressemble à: “Oh, c’est bien mais… euh… avez-vous un diplôme d’enseignant?”

Pour le parent éducateur, la question fait sourire car il sait d’expérience qu’il n’a pas besoin d’un bout de papier accroché au mur pour confirmer son aptitude à faire l’école-maison. Mais pour quelqu’un qui est peu familier avec l’école-maison, c’est loin d’être une certitude. Après tout, les professeurs qui oeuvrent dans les écoles publiques n’ont-ils pas tous été jusqu’à l’université pour être en mesure d’occuper un tel emploi? Et si tel est le cas, comment monsieur et madame tout-le-monde peut espérer s’acquitter des mêmes fonctions en n’ayant aucun diplôme, que ce soit universitaire, collégial ou même secondaire?

Pour répondre à cette question, considérons quatre faits:

1. Enseigner est inné chez le parent. À partir du moment où l’enfant est capable d’articuler la question “pourquoi?”, le parent occupe officiellement le poste de professeur et débute avec son enfant l’école de la vie. Et nous savons qu’à un certain âge, les “pourquoi” se multiplient à un rythme impressionnant. Et bien entendu, le parent attentionné ne va pas couper court aux interrogations de l’enfant en disant “Désolé petit, je n’ai pas de diplôme pour t’enseigner”. Accepter d’être parent signifie automatiquement accepter d’être professeur.

2. Les enfants ont soif de connaissance. Pour plusieurs adultes, l’idée d’apprendre quelque chose peut sembler pénible et cette résistance à l’apprentissage a peut-être débuté très tôt. Peut-être parce qu’ils ont été marqués négativement par le temps passé sur les bancs d’école. Mais avant que nous devenions blasés ou réfractaires à apprendre de nouvelles choses, nous avons tous été de petites créatures avides de connaissances. À 5 ans, notre apparition sur terre était encore tout nouveau et nous voulions savoir absolument tout sur ce monde fascinant dans lequel nous vivions. Cette soif d’apprendre, si elle est bien utilisée, fait de l’enseignement une tâche des plus naturelles.

3. Le parent n’a pas besoin de maîtriser une matière pour l’enseigner. Il serait erroné de s’imaginer que les enseignants qui travaillent à l’école maîtrisent leur matière. S’ils ont été à l’université, ce n’est pas pour mémoriser l’orthographe de chaque mot du dictionnaire ou la totalité des formules mathématiques du cours de physique. L’université leur a plutôt servi à apprendre principalement la science de la pédagogie. Donc, lorsque le professeur s’assit en classe et aborde la matière à enseigner, il ouvre le manuel du professeur, se remémore ce qu’il a appris lui-même dans le passé, puis transmet cette connaissance aux élèves. Et c’est de la même façon que la parent éducateur enseigne à la maison. Il n’a pas besoin de tout savoir. Il n’a qu’à ouvrir et comprendre le manuel de l’enseignant. Le parent peut donc être à la fois prof de français, de mathématiques, de biologie et de chimie.

4. Le parent est le meilleur pédagogue qui soit. Si vous désirez enseigner à un ou même plusieurs groupes de 20 ou 30 élèves, chacun venant de milieux socio-économiques différents, chacun ayant leur propre rythme d’apprentissage, chacun ayant leurs propres difficultés et leurs propres forces, vous voulez certainement avoir en main un diplôme universitaire car la tâche est colossale et complexe. À la maison, la réalité est toute autre. Vous devez enseigner à vos propres enfants, ceux que élevez depuis la naissance jusqu’à maintenant, ceux que vous connaissez comme le fond de votre poche, ceux qui sont dans une certaine mesure une extension de votre propre personnalité. Vous savez quels sont les centres d’intérêts de vos enfants, ce qui les motive ou les rebute. Vous connaissez leur univers intérieur mieux que quiconque. Vous savez interpréter leur langage non-verbal, jusqu’au plus subtil mouvement des sourcils. Dès lors, les cours approfondis de pédagogie et de psychologie s’avèrent superflus, car vous êtes devenu naturellement un expert pédagogue et un fin psychologue avec vos propres enfants.

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Bien entendu, comme pour tout autre domaine, être professeur demeure malgré tout un art qui nécessite de la pratique. Le parent éducateur typique débute à la case zéro, se familiarise avec ce nouveau rôle et devient de plus en plus habile à enseigner. Il fait des essais et des erreurs, s’ajuste au fil du temps et devient un jour un vieux routier pour qui enseigner est aussi naturel que de conduire un véhicule. Alors oui! Le parent a la compétence d’enseigner et le succès de l’école-maison partout dans le monde le démontre bien!