Par Jean jr. Landry

Dans l’article précédent, nous avons abordé quatre faits qui expliquent pourquoi les parents sont en mesure d’enseigner à leurs enfants.Voyons maintenant quelques objections que nous pouvons rencontrer à ce sujet:

Objection 1: La matière scolaire est beaucoup trop variée et complexe pour être comprise et enseignée par monsieur et madame tout-le-monde, particulièrement au niveau secondaire.

Nous assumons pourtant tous que la matière scolaire peut être comprise par l’élève (cela va de soi… sinon, nous ne prendrions pas la peine de l’enseigner). Pourquoi alors insinuer que la même matière ne peut être comprise par les parents? Croyons-nous que le parent est intellectuellement inférieur à sa progéniture?

Si nous croyons que la parent est intellectuellement inférieur à sa progéniture ou qu’il est trop simple d’esprit pour assimiler des notions de mathématiques ou de physique avancées, il y a lieu de se poser de sérieuses questions. D’abord, la plupart de ces parents ne sont-ils pas ceux-là mêmes qui ont été sur les bancs d’écoles publiques pour apprendre justement ces matières?  Si oui, cela n’implique-t-il pas qu’ils étaient capables à l’époque d’apprendre les maths et la physique? Et si tel est le cas, pourquoi seraient-ils maintenant incapables de se remémorer ces connaissances pour les transmettre aux futures générations?  À cela, deux hypothèses possibles:

(1) Le système scolaire a échoué en étant incapable de transmettre un savoir durable. Autrement dit, les enfants qui vont à l’école se font gaver d’informations qu’ils oublient une fois adultes, ce qui rend l’enseignement futile puisqu’une connaissance qui n’est pas acquise est aussi utile que l’ignorance elle-même;

(2) Le système scolaire a réussi à transmettre le savoir mais les enfants, une fois devenus adultes, sont universellement atteints d’un mal étrange qui affecte leurs facultés mentales et cognitives, si bien qu’ils n’arrivent plus à comprendre et transmettre de l’information complexe.

Dans un cas comme dans l’autre, la question qui doit être posée à l’auteur d’une telle objection est la suivante: pourquoi alors envoyer des enfants à l’école puisque tout leur bagage intellectuel s’effacera nécessairement avant qu’ils n’aient le temps de le transmettre à leurs propres enfants? Une telle objection ne remet-elle pas en cause la valeur de l’école publique beaucoup plus qu’elle ne remet en cause la valeur de l’école-maison?

Bien sûr, nous usons ici d’une petite touche d’ironie… mais ce n’est pas de façon malicieuse. L’objectif est de démontrer que ce genre d’objections repose sur des présuppositions fallacieuses. À moins de démontrer scientifiquement que l’intelligence humaine coule à pic une fois que nous devenons adultes, il est inutile de mettre en doute la compétence des parents pour enseigner. Cette remise en question de l’intelligence parentale est irrationnelle et, avouons-le, plutôt offensante.

Objection 2: S’il est vrai que beaucoup de parents ont la compétence pour enseigner, on ne peut nier que d’autres parents n’ont tout simplement pas les facultés intellectuelles nécessaires pour s’acquitter d’une telle tâche.

C’est exact. Même s’ils sont loin de faire la majorité, il existe des parents qui ont des troubles d’apprentissage ou un quotient intellectuel qui ne leur permettent pas d’enseigner à leurs enfants. La bonne nouvelle, c’est que ces parents aspirent rarement à faire l’école-maison (parce qu’ils abhorrent justement tout ce qui touche l’apprentissage) et confieront donc cette tâche aux bons soins des enseignants du système scolaire. Et si par malheur un parent défavorisé intellectuellement se convainc lui-même qu’il est apte à enseigner alors qu’il ne l’est pas? Cela ne compromet-il pas la formation et l’avenir de l’enfant? Ce pourrait être le cas et c’est justement pour cela que partout au Canada, la législation entourant l’école-maison prévoit un minimum de surveillance de la part de l’État, afin de s’assurer que l’enfant n’est pas négligé sur le plan éducatif. Il existe donc un filet de sécurité pour ces cas exceptionnels.

Objection 3: Les professeurs ne sont-ils pas néanmoins les plus aptes à enseigner? Contrairement aux parents, ne sont-ils pas des experts de la pédagogie?

Avant notre ère, les professeurs, les médecins et les experts de différentes disciplines semblables étaient tous entourés d’une sorte d’aura de mystère. Leur savoir leur conférait une autorité qu’il était mal vu de remettre en cause.  Avec les technologies modernes et particulièrement l’avènement de l’Internet, nous assistons à une démocratisation du savoir et de l’expertise. Par exemple, nous pouvons aujourd’hui aller consulter un médecin tout en en sachant plus sur notre maladie que le médecin lui-même. Et si ce dernier nous suggère un médicament ou un traitement, il n’est pas impossible que nous déclinions son offre car nous sommes en mesure de faire nos propres recherches sur les effets secondaires de ce qui nous est prescrit.  Le même principe s’applique également à l’enseignement. Le professeur de l’école n’est plus le détenteur unique du savoir. Il n’est plus LA personne faisant autorité en la matière.

Cela n’implique pas que les professeurs sont devenus inutiles ou qu’ils ont poursuivi des études universitaires en vain. Mais nous devons comprendre et accepter collectivement que les professeurs sont maintenant des PARTENAIRES de l’éducation. Ils ont toujours un rôle noble et important à jouer au sein de la société mais ils ne peuvent plus avoir une mainmise sur l’éducation de nos enfants.

Il est normal que les commissions scolaires et le personnel enseignant puissent se sentir intimidés par cette nouvelle réalité et que cela peut les conduire à des remises en question par rapport à leur rôle. Mais si notre objectif commun est l’instruction adéquate des futures générations et non la préservation d’institutions et de structures désuètes, alors nous pourrons travailler de façon collaborative, chacun ayant son rôle à jouer. Assurément, les professeurs ET les parents sont aptes à enseigner!

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