Par Jean jr. Landry

Si les parents éducateurs sont heureux de pouvoir transmettre à leurs enfants les valeurs morales ou religieuses qui leur sont chères, nombreux sont les gens qui voient pourtant d’un œil suspicieux cette dynamique :

Objection 1 : Garder nos enfants à la maison et leur imposer nos propres valeurs n’est-il pas malsain? Ne s’agit-il pas d’une forme d’endoctrinement?

Cette question a le potentiel d’être pertinente mais elle est posée ici en utilisant un vocabulaire fortement négatif qui lui donne plutôt la forme d’une accusation. Et c’est souvent de cette façon qu’elle est posée, surtout lorsqu’il est question de valeurs religieuses. On parlera alors d’endoctrinement et même de lavage de cerveau, dépeignant ainsi la transmission des valeurs comme étant une atteinte à la liberté de l’enfant plutôt qu’un bienfait. Dès lors, l’enfant n’est plus considéré comme un élève mais comme une victime, ce qui fausse la trajectoire du débat avant même que nous puissions amorcer une réflexion sérieuse.

Si nous dépouillons la question de ce genre de vocabulaire trompeur, nous obtiendrons plutôt la question suivante, qui est beaucoup plus objective : Garder ses enfants à la maison et leur transmettre des valeurs est-il malsain?

Il serait difficile d’imaginer une réponse affirmative à une telle question. En effet, quel parent aspire à élever une génération dépourvue de valeurs? Comme nous l’avons déjà mentionné, les valeurs sont à la base du caractère et le caractère est indispensable à une vie fonctionnelle et épanouie en société. Transmettre des valeurs à nos enfants n’est donc pas une faute mais une entreprise noble et essentielle.

Objection 2 : Par contre, rien ne garantit que les enfants éduqués à la maison ne seront pas exposés à des valeurs dépassées, voire même intolérantes ou extrémistes. Dès lors, l’école publique n’est-elle pas pour notre société une assurance contre de tels dérapages?

D’abord, il est bon de mentionner que c’est la mode de qualifier certaines valeurs de dépassées, intolérantes et extrémistes lorsqu’elles ne cadrent pas avec l’opinion de la majorité. Si ces qualificatifs peuvent être appropriés dans certains cas rarissimes, ils sont généralement irrationnels et n’ont pour effet que d’ostraciser ceux qui marchent au rythme de leur propre tambour.

Il faut toutefois admettre que de réels dérapages sont toujours possibles puisqu’il n’existe aucune approche parfaite de l’éducation. Mais ces dérapages représentent l’exception et non la règle. On ne peut donc pas condamner la communauté entière de l’école-maison pour de telles exception, pas plus qu’on ne peut condamner l’ensemble des commissions scolaires parce qu’un enfant est victime d’un dérapage à l’intérieur des murs d’une école publique. Face à chaque situation problématique, il faut donc avoir recours à une intervention ciblée et rationnelle plutôt que de nous livrer à une chasse aux sorcières.

Typiquement, les parent qui éduquent leurs enfants à la maison ne sont pas mûs par un esprit sectaire (même pour les plus religieux d’entre eux) mais simplement par le désir de prodiguer une éducation de qualité supérieure à leurs enfants. Moi-même, en tant que père de famille, je place énormément d’emphase sur les questions morales et religieuse dans mes rapports éducationnels avec mes enfants mais je leur expose également les diverses vues véhiculées dans notre société et nous prenons plaisir à en discuter. Ayant été témoin du même genre de dynamique chez d’autres familles d’école-maison, j’irais donc même jusqu’à dire que l’éducation à la maison est moins sujette à l’endoctrinement que l’éducation à l’école, puisque le système scolaire doit se conformer à une seule et même ligne directrice officiellement approuvée par le gouvernement.

Ensuite, l’école publique elle-même n’est pas à l’abri des dérapages en termes de moralité. Il serait en effet naïf de croire que l’école est une oasis de parfaite neutralité morale et religieuse, où l’enfant dispose d’une parfaite liberté de conscience. Même si vous retirez de l’école tous ses signes religieux ostentatoires, que vous bannissez les mots sensibles tels que Dieu, bien ou mal… les enfants seront néanmoins exposés en permanence à un paradigme moral construit par le programme scolaire officiel et interprété par les professeurs. Le concept de la laïcité et de la neutralité de l’état repose lui-même sur des principes moraux et des postulats philosophiques aux profondeurs insoupçonnées. Une école neutre est donc une impossibilité logique.

La question n’est donc pas de savoir si l’enfant doit être éduqué moralement, puisqu’il le sera forcément, que ce soit à la maison ou à l’école. La véritable question est plutôt de savoir de qui relève cette importante responsabilité. Si l’État tend parfois à vouloir s’approprier ce rôle et à inculquer à nos enfants les valeurs qu’elle endosse officiellement, il reste que ce n’est pas son domaine. L’État doit certes assumer certaines valeurs morales dans son administration des affaires publiques et dans sa législation mais ce n’est pas son rôle de devenir une autorité morale au même titre qu’une religion. Autrement, elle déborde largement de son mandat et la société court le risque très grave d’être menée par des dirigeants qui s’établissent comme maîtres des consciences et qui punissent ceux qui n’entrent pas dans les rangs.

Découvrir ce qui est bien et mal est la responsabilité de chacun. Et poser de saines et solides balises morales est l’un des devoirs fondamentaux des parents envers leurs enfants. C’est pourquoi l’école-maison est le milieu tout indiqué pour s’acquitter de cette responsabilité. La famille – et non l’État – est le fondement du développement moral.