Par Jean jr. Landry

Un des motifs souvent invoqués par les parents qui font le choix de l’école-maison est celui du bien-être et de la sécurité de leurs enfants. En gardant la marmaille sous le toit familial, les parents s’assurent que tout leur petit monde évolue sous leur regard bienveillant et est ainsi protégé de certains risques inhérents à la fréquentation d’une école publique.

Nous savons en effet que l’école d’aujourd’hui n’est pas celle que nos grands-parents et arrières-grands-parents ont connue. À l’époque, une des principales valeurs qui régnaient en classe était celle de la discipline. L’enseignant était appelé le “maître” ou la “maîtresse” parce qu’il était en position d’autorité. Il suffit de regarder des photos de classes des années 20 ou 50 pour palper le sérieux qui régnait alors. Certes, nous savons que bien des professeurs de l’époque se sont livrés à des excès, alors que la discipline ne doit pas nécessairement rimer avec austérité et châtiments. Mais au-delà des regrettables abus de pouvoirs que nos ancêtres ont connus en classe, il faut admettre que l’école d’autrefois avait au moins le mérite d’être ordonnée et de produire des citoyens qui savaient écrire et compter.

Aujourd’hui? Tout n’est pas noir et il serait déraisonnable de dépeindre l’école moderne comme un lieu barbare et chaotique. Il existe encore des écoles qui se démarquent et le système scolaire compte dans ses rangs une armée de professeurs dévoués et passionnés pour l’enseignement. Mais on ne peut nier que le climat moral a changé. Les jeunes grandissent dans une société qui martèle constamment l’importance de leurs droits tout en demeurant très discrète sur la notion du devoir. Dans un tel contexte, le concept du “maître” ou de la “maîtresse” est difficile à concevoir. L’élève ne désire plus voir son professeur comme son supérieur hiérarchique mais comme son égal, qui respectera ses droits et sera à l’écoute de ses émotions et de ses désirs. Dans ce nouveau rapport égalitaire, le professeur dispose donc de très peu de marge pour la discipline. S’il hausse le ton ou corrige l’élève d’une quelconque façon, il s’expose à des représailles de la part de l’élève ou même des parents, qui surgiront parfois à l’improviste pour réprimander ou même menacer l’enseignant.

Cette nouvelle réalité, en plus de créer beaucoup de détresse psychologique chez bien des professeurs, ouvre la porte à de nombreux maux dans le réseau scolaire. Il s’agit de problèmes sociaux qui ne datent pas d’hier mais qui prennent des proportions de plus en plus alarmantes, à mesure que s’écroulent les standards moraux de notre société. Parmi ces problèmes, notons en particulier:

L’intimidation et la violence;
L’hypersexualisation et la sexualité précoce;
L’usage de drogues, alcool et autres substances prohibées ou nocives.

Ces problèmes ne sont évidemment pas propres aux écoles. Ce sont plutôt des phénomènes de société qui envahissent toutes les sphères d’activités humaines. Et bien des écoles déploient différents efforts pour contrer ces maux, notamment par le biais de la sensibilisation. Mais ces maux sont généralisés et envahissants. Ils forcent les portes des écoles et établissent leurs propres lois. Et les enfants en paient le prix. Un prix qui est parfois très élevé. Certains enfants sont littéralement broyés par ce qu’ils vivent à l’école. Ils porteront toutes leurs vies les blessures subies au cours de cette période de leur vie.

Les parents qui envoient leurs enfants à l’école font ce qu’ils estiment être le meilleur. On ne peut remettre ce fait en question. Mais il faut être conscient que l’enfant qui intègre le système scolaire intègre un univers social parallèle. Il est éloigné de son parent non seulement sur le plan physique mais aussi émotionnel et psychologique. Il est happé par une dynamique de groupe. Il est soumis à l’opinion et à la pression de ses pairs, aux lois tacites de la cour d’école. Certains enfants y trouveront leur avantage. Mais d’autres en souffriront énormément.

Certains parents se rassurent en se disant que s’il arrive quelque-chose, ils sont toujours là pour leur enfant. C’est vrai. Mais leur champ d’action est limité. Et leur aptitude à déceler ce qui ne va pas est compromise. Des études canadiennes ont indiqué que la moitié des élèves qui souffrent d’intimidation n’en parlent pas. Cela signifie que beaucoup de parents dorment sur leurs deux oreilles, convaincus que tout va pour le mieux, alors que des drames se dessinent dans l’ombre. Puis on réalise un jour que la petite Amélie présente des troubles anxieux ou dépressifs. Ou que le petit Samuel a développé de l’agressivité et est devenu à son tour intimidateur. Et parfois, une lettre laissée sur l’oreiller apprend au parent que derrière l’apparente gaieté de son enfant couvait en réalité une souffrance muette qui l’a mené à commettre l’irréparable.

Tout cela n’a rien d’un portrait alarmiste. C’est ce que nous lisons dans les journaux. C’est ce que les études nous confirment. C’est pourquoi l’école-maison est un choix de plus en plus sensé pour le parent qui désire protéger son enfant. L’idée n’est pas de céder à une vision paranoïaque de la société ou du système scolaire mais de mesurer les risques réels et d’agir en conséquence. Lorsqu’un enfant vient au monde, c’est au parent que revient le devoir moral et légal de le protéger. L’article 599 du Code civil du Québec stipule que “Les père et mère ont, à l’égard de leur enfant, le droit et le devoir de garde, de surveillance et d’éducation.” Le mouvement de l’école-maison est l’expression de tous ces parents qui, à travers le monde, ont pris la décision de s’acquitter de ce devoir d’une façon particulièrement proactive et efficace.