Par Thamara Barthélemy

Claude et Chantal Robillard ont un parcours familial mouvementé. Famille d’accueil, enfants avec besoins spéciaux, adoption, école-maison, tout pour les garder bien occupés. Claude et Chantal ont adopté Mai alors qu’elle était agée de 10 ans. Mai est sourde et muette. Elle allait à l’école et savait signer l’alphabet et écrire des mots simples comme le nom de personnes proches.

Deux ans après, Claude et Chantal ont adopté Nam, âgé de 10 ans. Nam est également sourd et muet et lui non plus n’avait pratiquement rien appris à l’école. Il ne connaissait pas le langage des signes mais il savait additionner des chiffres jusqu’à 5. Ayant été dans des orphelinats, les deux enfants n’avait pas été habitués à un cadre de vie structuré, ni sollicités dans une communication qui leur aurait permis d’apprendre à connaître et comprendre leurs émotions et celles des autres, les causes à effet et à s’appliquer à relever des défis favorisant leur développement vers le monde des grands.

Le travail de Chantal et Claude a donc commencé avec l’instauration d’une discipline de vie familiale, en priorisant la rencontre des besoins émotionnels de leurs enfants. Pour ce qui est de l’école et des apprentissages, les parents se sont renseignés sur les ressources disponibles pour aider des enfants sourds. Il existe des écoles spécialisées pour les enfants sourds. Cependant, les parents ont vite estimé que si les enfants étaient envoyés dans une école spécialisée pour apprendre plus vite la langue des signes, ce milieu deviendrait leur milieu significatif et ils ne seraient pas en mesure de construire un lien d’attachement et d’appartenance avec leur nouvelle famille.

Les Robillard faisaient déjà l’école-maison avec leurs trois autres enfants et ils ont décidé que Mai et Nam auraient beaucoup plus à gagner en restant à la maison avec eux afin de leur apprendre à vivre et à s’attacher aux personnes significatives dans leur vie, à connaître ce qu’est une famille pour pouvoir être capable d’en former une eux-mêmes plus tard. Le défi est grand puisque les parents doivent eux-mêmes apprendre la langue des signes pour pouvoir communiquer avec leurs deux enfants sourds. Toute la famille s’y est donc mise et apprend à communiquer par la langue des signes. Pour Mai et Nam, le défi est grand puisqu’ils apprennent en même temps le français. Ils ont fait des pas de géants dans leur communication et dans le fonctionnement en milieu familial. Puisque ce concept n’existait pas dans leur monde avant d’être adoptés, ce fut un travail intense pour Chantal et Claude, mais 4 ans plus tard pour Mai et 2 ans plus tard pour Nam, ils en récoltent le fruit. Le lien d’attachement a été établi et les deux enfants font réellement partie de la famille. Chantal est persuadée que ce lien n’aurait pas pu être établi s’ils avaient choisi de les envoyer en milieu scolaire. « Pour leur apprendre à vivre, ils devaient vivre avec nous », répète Chantal. « Nous les voyons changer et apprendre à aimer, et cela est tellement précieux ».

Au niveau des apprentissages, Chantal a été encouragée et rassurée lorsqu’une orthophoniste spécialisée en surdité lui a dit qu’elle était impressionnée des progrès de Mai compte tenu d’où elle était partie, et que lorsque les besoins émotionnels d’un enfants sont comblés, il est apte à apprendre. Il est effectivement démontré que le facteur le plus important dans l’apprentissage est le lien affectif avec l’enseignant. Voici un article de La Presse à cet effet.

La HSLDA a été un grand encouragement pour la famille Robillard en la rassurant qu’elle faisait la bonne chose et que l’investissement dans la vie de ces deux enfants à travers l’école-maison était le bon choix. Chantal sentait souvent une grande pression de performance de la part des intervenants spécialisés et des instances scolaires qui ont des attentes qui ne s’enlignent pas avec la réalité des deux enfants sourds. Cependant, elle sait que la HSLDA comprend son parcours et est en mesure de l’aider et la rassurer dans son cheminement avec ces enfants. Que ce soit des intervenants qui se font menaçants ou les doutes qu’elle peut connaître lorsqu’elle fait face à des difficultés, elle sait que la HSLDA est là et la soutient lorsque les temps sont plus difficiles.

Chantal affirme que la raison pour laquelle on choisit de faire l’école-maison avec des enfants ayant des besoins spéciaux est la même que pour n’importe quels enfants. Ils ont besoin de tisser des liens avec leur famille, ce qui est la base même d’un apprentissage efficace et d’un développement personnel optimal.