Par Jean jr. Landry

Dans un article précédent, nous avions mentionné que la socialisation de l’enfant implique pour ce dernier une intériorisation des valeurs de la société. Le temps est maintenant venu d’aborder cet aspect délicat mais très important de l’apprentissage.

Nous savons que la moralité est devenue un sujet extrêmement controversé, particulièrement en Occident où nous sommes témoins d’une pluralité religieuse et philosophique sans précédent. Puisque les convictions de chacun sont parfois si différentes et mêmes opposées, nous avons adopté socialement une attitude de neutralité et de relativisme afin d’éviter la confrontation des idées et de minimiser les conflits. Alors que la moralité – ce qui est bien et mal – faisait autrefois l’objet d’un large consensus et revêtait un caractère absolu et transcendant, elle a été progressivement réduite à une simple opinion personnelle. Cela n’empêche certes pas certaines idéologies de gagner le statut de vérités indiscutables sur la place publique.  Mais de façon générale, dans les conversations de tous les jours, la question du bien et du mal est entourée d’un brouillard épais et toute personne qui se prononce de façon catégorique sur un enjeu moral risque d’être rapidement accusée de dogmatisme et même d’intolérance.

Malgré ce relativisme ambiant, de nombreux parents estiment que la moralité est plus qu’une question d’opinion personnelle et nécessite une sérieuse réflexion. Il s’agit pour eux d’une dimension essentielle de l’être humain, une dimension qui aura un impact fondamental sur la vie de leur enfant. Pour la plupart de ces parents, laisser l’enfant à lui-même dans ce monde pluraliste et espérer qu’il n’assimilera tout naturellement que le meilleur de ce qui lui est présenté n’est pas tout à fait un plan de match gagnant. Portant un regard lucide sur la nature humaine, ils sont conscients que l’enfant doit être guidé non seulement sur le plan académique mais aussi moral. Et ces parents ne se trompent pas. Car même avec un intellect colossal et une connaissance encyclopédique, l’enfant deviendra un adulte profondément dysfonctionnel s’il présente un sens moral anémique. La moralité est en effet le fondement du caractère.  Et le caractère est l’ingrédient essentiel d’une vie réussie et épanouie:

C’est le caractère qui fournit une noble éthique de travail, laquelle est fortement recherchée par les employeurs;

C’est le caractère qui permet de développer des relations interpersonnelles saines et significatives;

C’est le caractère qui assure la pérennité et l’épanouissement du couple et de la cellule familiale;

C’est le caractère qui pousse un citoyen à prendre position sur des enjeux sociaux importants et à défendre la justice;

C’est le caractère qui permet à un individu de transcender ses circonstances personnelles et de poursuivre un idéal en dépit des obstacles.

Le caractère a donc un impact profond sur toutes les sphères de la vie humaine. Pourtant, il a été vu trop longtemps comme un enjeu secondaire, alors que le savoir a été présenté comme le remède à tous les maux de notre société. Mais de toute évidence, le savoir ne suffit pas.  Les élèves passent de une à deux décennies sur les bancs d’école, ingurgitent des quantités phénoménales d’information, passent des nuits blanches de leurs années collégiales et universitaires à mémoriser texte par-dessus texte et formule par-dessus formule.  Sans compter l’information quasi illimitée qui est désormais disponible via Internet. En fait, l’homme occidental moyen croule littéralement sous l’information. Et pourtant… la société est secouée et déchirée par des problèmes sociaux sans précédents, tant à l’échelle locale que mondiale.

Face à cette réalité, l’école-maison se présente comme une opportunité inégalée de mettre de l’ordre dans ce chaos social et de fournir aux futures générations des balises éprouvées qui assureront un meilleur avenir. L’école-maison permet aux parents de ne pas réduire l’intériorisation des valeurs à une hasardeuse partie de dés mais de s’impliquer plutôt activement dans la construction du caractère de l’enfant. Ça ne signifie pas que l’aspect académique doive être négligé. Mais de nombreux parents éducateurs en sont venus à la conviction qu’un système d’éducation qui ne met l’emphase que sur la connaissance produit en vérité des géants aux pieds d’argile. De tels enfants auront peut-être un intellect surdimensionné et un mur tapissé de diplômes … mais ils risquent malgré tout de s’effondrer devant les inévitables obstacles de la vie ou de poursuivre en vain un bonheur inaccessible parce que leurs fondements intérieurs ont été négligés.

Nous ne voulons pas insinuer ici que l’école publique est totalement dénuée de valeurs et qu’elle ne peut contribuer au développement du caractère de l’enfant. Mais compte tenu de la confusion qui règne en ce moment dans notre société, le foyer familial constitue un port d’attache solide et unique en son genre, un lieu de repos et de réflexion où l’enfant peut, à l’écart du vacarme ambiant, réfléchir aux grandes questions de l’existence et bénéficier du savoir et de la sagesse de ses parents. L’école-maison encourage une pensée indépendante plutôt qu’un esprit de meute. Et s’il est vrai que la socialisation passe par l’intériorisation des valeurs de la société, l’école-maison permet toutefois de filtrer ces valeurs afin de fournir à l’enfant une vision du monde saine et cohérente qui lui assurera un brillant avenir.

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