Par Louise Frazer

(Note: L’auteure est adjointe pour les services aux membres à la HSLDA et siège également à la Table de concertation nationale en matière d’enseignement à la maison.)

Nous pouvons avoir parfois l’impression que les lois sont rédigées et adoptées par des législateurs stoïques qui oeuvrent du haut de leurs tours d’ivoire. Nous pensons que les projets de lois défilent devant leurs mines sévères comme s’ils étaient des briques sur une ligne d’assemblage. Mais rien ne pourrait être plus faux, du moins en ce qui concerne la loi 144 que le Québec a adoptée.

Les législateurs sont humains comme nous tous. Il ont leurs propres idées préconçues mais également leurs idéaux et leurs passions, lesquels ajoutent de la couleur et de la substance aux débats publics comme aux conversations informelles qui se déroulent dans les corridors. De plus, nos représentants élus sont tenus par la loi de prendre en considération les préoccupations du public. C’est pourquoi les innombrables appels, lettres, courriels et visites qu’ils ont reçus de la part de la communauté de l’école-maison ont eu un impact énorme et ont suscité un débat animé.  Aussi, les rapports émis et les discussions avec la HSLDA, appuyés par nos centaines de membres, ont aidé à donner forme et substance à la nouvelle législation. Bien que cette dernière soit loin d’être parfaite, elle peut néanmoins bien fonctionner.

La loi est une chose mais son application en est une autre, si bien que notre travail n’est pas terminé. L’une des choses que la nouvelle législation prévoit est de donner une voix et un visage au mouvement de l’école-maison.  Bien que de nombreux parents soient nerveux à l’idée de rencontrer des représentants de l’État dans le cadre d’une évaluation annuelle et considèrent que cette rencontre est intrusive, cette dernière offrira à la communauté de l’école-maison l’opportunité de poursuivre son travail de sensibilisation, d’influence et de remise en question des idées préconçues concernant l’école-maison. Nous sommes appelés à être des ambassadeurs et nous serons en mesure de l’être en sachant que l’école-maison est une option tout à fait valide d’un point de vue légal, au même titre que l’école publique ou privée. Rappelons-nous que nous sommes des parents éducateurs intelligents, réfléchis, attentionnés et compétents, qui avons assumé la responsabilité et la joie d’éduquer nos enfants et de les guider sur le droit chemin. Nous ferons donc face aux évaluateurs de la même façon que nous avons fait face à nos législateurs et continuerons d’informer, d’influencer et de remettre en question les idées reçues.

Les changements actuels ne sont qu’un commencement. Maintenant que l’école-maison a reçu un nouveau souffle, nous verrons une croissance exponentielle de l’éducation à domicile. Pour ceux qui dirigent des coops et des groupes de soutien, préparez-vous à prendre de l’expansion. Pour ceux qui songeaient à démarrer un groupe de soutien, préparez-vous à mettre en oeuvre votre projet. De plus, nous pourrions voir l’école-maison gagner du terrain d’autres façons.

Pour plusieurs familles, l’une des dividendes naturelles de l’école-maison est celle d’aider et servir les autres. Il existe autant de façons d’accomplir cela qu’il existe de familles, et avec ce nouveau vent dans les voiles, plusieurs pourront voir leurs projets actuels prendre de l’ampleur. À cause de la richesse et de l’efficacité inhérentes à l’école-maison, plusieurs familles trouvent le temps pour faire du bénévolat dans leur communauté. Il est fort possible que les familles d’école-maison seront reconnues dans le futur, non seulement pour leur succès académique et leurs aptitudes sociales hors du commun, mais aussi pour leur contribution majeure et inestimable à la communauté.

En guise d’exemple, songez à la crise à venir d’une population vieillissante dont trop peu de gens seront capables de s’occuper. Déjà, plusieurs familles d’école-maison rendent visite à des aînés oubliés, leur chantent des chansons et leur envoient des cartes, faisant ainsi une différence dans leur vie marquée par la solitude. Grâce à nos journées intensives d’école qui libèrent notre horaire et nos coeurs remplis d’amour et d’attention pour notre prochain, de tels services pourraient devenir de plus en plus communs et se révéler en fait indispensables. La société verrait alors les avantages de l’école-maison non seulement pour ses élèves mais aussi pour la collectivité dans son ensemble. Ce qui a débuté par une loi visant à gérer et contrôler une forme d’éducation en croissance et souvent mal comprise pourrait devenir un catalyseur permettant à l’école-maison de faire partie intégrante des fondements mêmes de la société.

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