Par Louise Frazer

La plupart de nos membres au Québec ont probablement entendu cette annonce du ministère de l’Éducation du Québec qui décide d’augmenter le montant alloué aux commissions scolaires pour chaque enfant inscrit comme faisant l’école-maison. Cette décision a été prise pour répondre à une augmentation soudaine du nombre d’enfants inscrits comme étant éduqués à la maison. En effet, plusieurs familles dont les enfants fréquentent des écoles juives hassidiques considérées comme illégales à Montréal ont décidé d’enseigner leurs enfants à la maison afin de se conformer aux exigences du ministère de l’Éducation. Les autorités craignaient que certains enfants ne soient en retard académiquement puisqu’ils semblaient recevoir principalement une éducation religieuse dans ces écoles. Le Ministère considère que la commission scolaire aura besoin de plus de moyens afin d’assurer le suivi de ce nombre élevé d’enfants enseignés à la maison.

Le fait que le Ministère donne plus d’argent aux commissions scolaires confère un aspect légitime à l’école-maison et « récompense » en quelque sorte les commissions scolaires parce qu’elles ont des enfants à l’école-maison. D’autre part, cela leur donne plus de ressources afin de faire le suivi d’évaluation auprès des familles.

Bien que ce nouveau groupe d’école-maison soit important en nombre, il n’est pas représentatif des familles de l’école-maison en général. Cependant, tous les enfants faisant l’école-maison pourraient être examinés à travers la même loupe. Il pourrait donc y avoir une possible augmentation de la supervision, limitant ainsi la liberté des familles faisant l’école-maison, liberté qui est la clé de voûte de ce type d’enseignement.

La liberté, tant au niveau du choix du curriculum qu’au niveau des évaluations, est un ingrédient essentiel dans l’efficacité de l’enseignement à la maison. Il est arrivé souvent que des parents ont retiré leurs enfants de l’école parce que le curriculum ne répondait pas aux besoins de ces enfants. Par exemple, un enfant dyslexique ou autiste a possiblement besoin d’un curriculum personnalisé et adapté à ses besoins particuliers. Non seulement le curriculum doit-il être adapté, mais la méthode d’enseignement et d’apprentissage peut également varier d’un enfant à l’autre, même à l’intérieur d’une même famille. C’est cette liberté de pouvoir s’adapter au niveau du contenu et de l’approche de l’enseignement qui fait toute la différence pour les milliers de familles faisant l’école-maison à travers le pays.

Puisque le choix de la méthode et de l’approche varient, ils est normal que les méthodes d’évaluation doivent également varier. De toute évidence, l’évaluation ne doit pas être séparée du curriculum utilisé. Un enfant fréquentant l’école au Québec ne serait pas évalué en fonction du curriculum utilisé en Ontario. Les résultats de ces tests ne seraient pas représentatifs de ses apprentissages donc seraient inutiles. Cependant, les deux provinces ont des curriculums équivalents.  

Équivalent ne signifie pas identique. La politique sur l’école-Maison du ministère de l’Éducation définit ainsi la notion d’équivalence:

« Équivalent » peut être interprété de manière à signifier que l’expérience éducative doit fournir à l’enfant un apprentissage et des compétences suffisantes afin que l’enfant puisse intégrer ou réintégrer le système d’enseignement public ou privé.  

Par exemple, si des élèves en provenance d’une autre province déménageaient au Québec et s’inscrivaient à l’école, ils seraient en mesure de fonctionner dans le système scolaire puisqu’ils auraient appris leur matières scolaires dans un système différent mais équivalent.

Les familles faisant l’école-maison ne désirent pas reproduire à la maison ce qui est fait à l’école. Le secret du succès et de la croissance de l’école-maison est de pouvoir s’adapter en répondant aux besoins de chaque enfant. Avec la diversité de méthodes et d’expériences, il est évident que les familles faisant l’école-maison s’efforcent d’offrir à leurs enfants la meilleure éducation individuelle possible. Notre objectif, alors que nous continuons dans ce sens, est que le ministère de l’Éducation puisse voir et reconnaitre la légitimité et le succès du style de vie de l’école-maison dans toute sa diversité.