Par: Jean jr. Landry.

Dans la foulée des changements que le Ministre de l’Éducation veut apporter au système scolaire québécois, l’émission radiophonique « L’heure du monde » a consacré de son temps d’antenne à l’un des enjeux que le gouvernement doit aborder dans le cadre de ces changements: les enfants éduqués à la maison.

Bien que le ministre comprenne et reconnaisse le droit des parents d’éduquer leurs propres enfants, ses inquiétudes concernent plutôt ceux qui exercent ce droit à l’insu de la commission scolaire. C’est ce phénomène que l’émission de Radio Canada, animée par Jean-Sébastien Bernatchez, a tenté de comprendre. Pour ce faire, le journaliste Claude Brunet a rendu visite à la famille Riendeau, qui fait l’école-maison afin de pouvoir transmettre en toute liberté ses valeurs bibliques à ses enfants. Le journaliste a également discuté avec Manon Fortin, de la HSLDA, qui a expliqué les motifs poussant les parents à faire l’école-maison sans rechercher l’assentiment des autorités scolaires.

La diffusion de ce genre de reportages est positive pour la communauté de l’école-maison puisqu’elle permet à un large public de mieux comprendre le phénomène. Dans ce cas-ci, la famille Riendeau a d’ailleurs permise aux auditeurs de constater que les enfants éduqués à la maison sont éveillés, articulés et sociables, ce qui contribue à vaincre les préjugés. De plus, le journaliste a pris soin de préciser que les parents qui ne se déclarent pas aux autorités ne sont pas pour autant des parents négligents.

On ne peut toutefois s’empêcher d’éprouver un certain malaise face à l’utilisation répétitive du terme « clandestin » dans le reportage. Il serait plus juste d’utiliser le terme « incognito », puisque les parents tels que André Riendeau et Stéphanie Dupont ne font rien de clandestin au sens propre du terme: ils ne se dérobent pas activement aux autorités et ne contreviennent à aucune loi. Ils évitent simplement, comme l’explique Manon Fortin, de courir au-devant des problèmes.

Rappelons que la loi sur l’instruction publique n’oblige pas le parent à prendre les devants auprès de la commission scolaire afin de faire connaître ses intentions de faire l’école-maison. Certes, la commission scolaire a la responsabilité de veiller à ce que les enfants reçoivent à la maison une éducation équivalente à ce qui est dispensé dans les écoles. Et en toute bonne foi, nous pouvons donc en conclure que le parent devrait normalement se manifester afin que la commission scolaire puisse accomplir son mandat en la matière. Mais il ne s’agit là que de conclusions d’ordre pratiques et non d’impératifs légaux. Oui, le parent devrait idéalement faire connaître activement ses intentions. Mais il ne le fera généralement pas si cette démarche l’entraîne dans un dédalle de procédures, de contraintes ou de menaces. Et en refusant de le faire, il n’agit pas dans la clandestinité ou l’illégalité mais veille simplement aux intérêts de l’enfant et à la protection des droits que lui confère la loi.

Dans les recommandations qu’elle a faite au gouvernement l’automne dernier, la HSLDA a soulignée que la coopération des parents était étroitement liée à l’attitude des commissions scolaires et qu’on ne pouvait attendre des parents qu’ils sonnent la trompette pour faire connaître leurs intentions et voir ensuite les autorités scolaires s’ingérer et les forcer à reproduire tout bonnement à la maison ce qui est fait dans les écoles. Comme l’a mentionnée Manon dans le reportage, la beauté et la force de l’école-maison réside justement dans la liberté de faire autrement. C’est pourquoi la HSLDA a encouragé le ministre à adopter une politique novatrice et respectueuse des choix des parents et à s’assurer qu’une telle politique sera appliquée de façon uniforme à travers tout le Québec. Ce faisant, il établira un climat de confiance qui encouragera les parents éducateurs à collaborer librement avec les autorités.

Nous ignorons pour l’instant en quoi consistera le futur projet de loi sur la fréquentation scolaire. Toutefois, nous pouvons nous permettre d’espérer que ce projet de loi sera favorable à la communauté de l’école-maison. Le fait que le ministre ait pris le temps d’interroger les différents acteurs du milieu témoigne de son désir de prendre des décisions réfléchies. La vaste consultation publique qu’il a également mené récemment afin de nourrir sa réflexion face au système actuel est porteuse de beaucoup d’espoir. La HSLDA demeurera à l’affut de tout nouveau développement à ce sujet et vous tiendra informés.