Par Jean jr. Landry

Il y a de ces matins où vous avez le sentiment que la chance a pris la tangente et que même en multipliant les efforts et en additionnant les tasses de café, vous n’arriverez pas à avancer les maths d’un seul centimètre. Vous aspirez pourtant à être constante et ordonnée mais certaines variables vous échappent.

D’abord, ce mal de sinus récurrent et croissant vous irrite au plus haut degré, même si vous essayez en tout temps de voir les choses sous un angle positif. Ensuite, votre marmaille ne semble pas estimer que l’algèbre puisse leur apporter le moindre dividende ; ils fournissent en effet l’effort minimum requis plutôt que de tirer pleinement profit de leur quotient.  Ils baillent à intervalle régulier et vont à la toilette à une fréquence moyenne de huit fois par demi-heure.

Alors que votre taux de patience s’étiole à un rythme exponentiel, vous tentez de faire la preuve à vos enfants que la probabilité de leur succès est équivalente à leur coefficient de bonne volonté mais cela semble leur être égal. L’un d’eux frise même l’insolence et vous répond « Ouin, pi? »

Face à l’esprit obtus de votre petit groupe, vous filez au salon adjacent afin de respirer par les narines et c’est alors que vous surprenez votre chien Archimède en train de dévorer Pythagore, l’iguane de votre petite de 9 ans qui est partie faire des emplettes avec papa. Quelle mesure prendre devant un carnage d’une telle proportion? Devriez-vous chercher les coordonnées du 911 ou du Pentagone? Non! Il ne faut pas céder à la panique mais demeurer rationnel et cartésien. Tenant compte de la priorité des opérations, vous ouvrez donc en premier lieu un sac de biscuits afin de vous consoler. Et tant pis pour le calcul des calories ou du pourcentage de gras saturés; un petit écart de conduite ne fera pas une grosse différence! Lorsque nous vivons dans cet univers parallèle qu’est l’école-maison, le meilleur plan est parfois de dévier de la ligne droite. Lorsque vous regarderez votre réflexion dans le miroir demain, vous aurez peut-être le sentiment d’être un tantinet arrondie, mais vous aurez évité la pente glissante de la folie. Et puis de toute façon, il n’y a peut-être même pas de corrélation entre le nombre de calories que vous ingérez et l’amplitude de vos courbes.

Un cri aigu vous tire alors soudain de votre rationalisation : votre fille de 9 ans est de retour plus tôt que prévu et vient de trouver les restes de ce pauvre Pythagore dans l’aire de repos de la maison. Selon vos approximations, la puissance de son cri a franchi un rayon de dix kilomètres et de ce fait, votre poupon se réveille et réclame aussitôt à gorge déployée ses 16 onces de lait chaud matinal. La somme de tous ces cris produit un tintamarre équivalent à la rotation d’une turbine de 747. Vous êtes maintenant au sommet de l’échelle du stress et songez à fuir au Pérou. Bon, le concept du Pérou tire plus de l’hyperbole que d’une solution réelle mais il vous semble néanmoins plus congru que de rester dans le périmètre et de perdre la boule. Ou peut-être devriez-vous vous convertir au stoïcisme afin d’éradiquer le stress à la racine!

Alors que vos problèmes vous font presque douter de votre aptitude à mener à bien l’école-maison, votre mari remarque votre minois décomposé. Il vous fait donc l’accolade et vous offre un massage des trapèzes afin d’en extirper tous les nœuds. Ce geste, symbole du solide amour réciproque et de l’unité qui caractérisent vos rapports conjugaux, vous permet pendant un moment de vous soustraire au chaos de cette journée d’école difficile et voir les choses du bon côté. Vos enfants n’auront peut-être pas fait de gros gains aujourd’hui mais lorsque vous contemplez l’ensemble de leur parcours, vous savez que vous leur avez donné votre maximum et qu’en réalité, ils ont déjà fait de grands progrès!

Ce qui précède était une parabole pour illustrer que dans les cercles d’école-maison, bien des mamans ont ce dénominateur commun : lorsque la journée ne figure pas au palmarès des journées les plus productives, elles ne se sentent pas à la hauteur et jettent un regard critique et négatif sur elles-mêmes. Ne cédez pas à de tels sentiments car dans la sphère de l’éducation, la perfection est une chimère où bien des maux trouvent leur origine.  Trop de facteurs imprévus font partie de l’équation pour que vous exigiez de vous-même l’impossible. Et c’est justement ce qui fait de l’école-maison une formule gagnante. Elle simplifie l’éducation en l’adaptant à notre réalité humaine. Ne perdez donc jamais courage!

Note: Ce texte contient plus d’une centaine de termes mathématiques. Votre sens de l’observation vous a-t-il permis de les repérer? Le solutionnaire se trouve ICI.